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Le Carême pour un monde en f

Loic Raffray Par Le 04/03/2022 0

Chers amis,
oici arrivé le Carême, temps de grâce et de bénédiction, temps de
conversion aussi. Ce Carême ravive l’espérance en ces jours si compliqués et
difficiles. Comment les vivre en chrétiens, « disciples » de Jésus, alors que nous
connaissons nos faiblesses et que nous avons des interrogations ?
« Le monde est en feu »
a guerre en Europe sur le sol ukrainien nourrit de graves inquiétudes.
Quelle que soit sa forme, la guerre est un mépris aveugle et violent qui
écrase l’aspiration des familles à la paix, suscitant la mort et des souffrances
multiples. Pensons au déferlement des violences djihadistes dans le Sahel, au
régime des talibans en Afghanistan, à la répression brutale en Birmanie, …
► « Disciples » de Jésus, en défendant les valeurs de liberté et de respect
mutuel, saurons-nous diffuser la paix dont le Seigneur nous fait les messagers ?
a pandémie nous a tous marqués. Elle est – nous l’espérons – sur la fin.
Cependant, elle a entraîné des blessures. Elle a suscité des options
tranchées qui ont malmené l’unité fraternelle qu’il est normal de vivre entre
chrétiens. Elle a parfois provoqué des divisions au sein d’une famille. Elle a
généré de l’angoisse, comme je l’ai entendu, en focalisant l’attention sur
soi-même face à la loi civile du passe-sanitaire ou vaccinal.
► « Disciples » de Jésus, en favorisant l’unité, saurons-nous vivre selon la loi
du Christ qui est supérieure à tout car elle est charité et miséricorde ?
es élections présidentielles apportent leur trouble. Où allons-nous ?
Nous sommes assaillis de petites phrases et de propos démagogiques qui
engendrent des passions stériles. Nous nous demandons comment sera prise en
compte la lutte efficace contre le réchauffement climatique et la perte de la
biodiversité, et contre les injustices qui frappent les plus pauvres. Ce trouble est
accentué par des lois sociétales qui se sont succédées et qui bafouent l’écologie
humaine en manquant gravement au respect dû à la dignité de l’être humain.
► « Disciples » de Jésus, saurons-nous discerner avec justesse et sagesse ce
qui protège « le caractère transcendant de la personne humaine » ?

e rapport de la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans
l’Église (CIASE) a suscité tristesse et découragement ainsi que la révolte,
bien légitime. Ce Rapport est conduit par l’attention prioritaire aux personnes
victimes et à leurs témoignages. Il invite à la prévention pour le bien de tout
mineur. L’Église s’y est engagée résolument au nom de l’Évangile du Christ.
La médiatisation de ce Rapport a éveillé nos regards sur la gravité des abus.
► « Disciples de Jésus, avec les prêtres fidèles à leur engagement,
saurons-nous éradiquer dans l’Église tout abus de pouvoir, si contraire à Jésus
« doux et humble de coeur » (Matthieu 11,29) ?
***
out cela me fait penser à une exclamation de sainte Thérèse d’Avila :
« Le monde est en feu, ce n’est pas le moment de traiter avec Dieu d’affaires
de peu d’importance ! » Quelles sont donc les affaires dont nous devons traiter
avec Dieu dans la prière et par notre vie ? Diffuser la paix de Dieu, vivre de la
charité du Christ, discerner le plus juste, vivre avec douceur et humilité !
Le Carême est propice pour cela. Ce temps de 40 jours nous est offert pour que
nous revenions vers le Christ. Il est là, vivant, présent au milieu de nous. Là où
nous en sommes sur notre chemin de vie et de foi, avec les questions qui nous
habitent, Il nous appelle avec tendresse à nous convertir et à croire en Lui :
« Convertissez-vous, le Royaume des Cieux s’est approché. » (Matthieu 4,17)
Accueillir avec bienveillance
e Carême est le temps favorable pour sortir du repliement sur soi et de la
crainte, pour aller vers les autres avec bienveillance et confiance.
Souvenons-nous que Dieu accueille chacun de ses enfants, quels qu’ils soient.
Les Évangiles montrent comment Jésus accueille chaque personne en lui disant :
« Si tu savais le don de Dieu ! » (Jean 4,10) Il nous appelle à faire de même.
Nous aussi, accueillons-nous les uns les autres en toute sincérité. Accueillons le
plus fragilisé. Tissons les liens qui favorisent la fraternité selon le désir de Dieu.
Ne tolérons pas qu’une personne reste dehors. Ne nous laissons pas gagner par
des postures qui excluent, jugent, divisent.
Le Nouveau Testament utilise l’expression « fraternité » pour parler de l’Église
(1 Pierre 5,9). Voilà la vocation de nos communautés chrétiennes : être des
lieux de fraternité et de bienveillance qui témoignent du don de Dieu !
Susciter partout la paix
e Carême est un temps privilégié pour sortir de l’inquiétude et de la peur.
Cela n’est possible que si nous recevons de Dieu la paix. Souvenons-nous
qu’Il est ami de la paix (cf. Isaïe 9,7). Les Évangiles s’achèvent par ce grand
don : « La paix soit avec vous ! », dit Jésus ressuscité (Jean 20,19). Partout où
Il passe, Il laisse sa paix. Il nous lance un appel : « Heureux les artisans de paix,
ils seront appelés fils de Dieu. » (Matthieu 5,9)
Choisissons d’être du côté de la paix. Offrons-la en nos familles, autour de nous,
chez nos amis, dans notre commune ou notre quartier, au sein de notre
environnement professionnel, dans notre communauté chrétienne. N’entrons
pas dans les passions qui dressent les uns contre les autres. Ne nous laissons pas
obnubiler par les conflits qui attristent et font peur. Sachons trouver les mots et
les gestes qui réconcilient et apaisent. Accueillons-la paix de Dieu. En toutes
nos relations et décisions, soyons artisans de sérénité qui donne paix. Prions
pour que la paix vienne dans le monde.
Être miséricordieux comme le Père
e Carême est le temps particulier où Dieu fait miséricorde. Souvenons-nous
qu’Il s’est révélé comme le « miséricordieux », plein de tendresse (cf. Exode 34,6-7).
Les Évangiles dévoilent l’inépuisable tendresse du Père : celle-ci déborde de
son coeur quand son fils pécheur revient vers Lui (Luc 15,20).
En priant le Je vous salue Marie, nous nous reconnaissons « pauvres pécheurs
». Mais nous savons que le pardon est là. Allons le recevoir avec joie dans le
sacrement de Réconciliation. Le pardon vient de Dieu qui nous invite à
pardonner à notre tour « du fond du coeur » (Matthieu 18,35). Jésus nous y
appelle : « Soyez miséricordieux comme le Père. » (Luc 6,36)
Avec le pardon, retrouvons l’élan de vie, de confiance et d’amour qui est au fond
de nous et qui ne demande qu’à nous emporter. Détournons-nous du superficiel
qui attriste et tournons-nous vers l’essentiel qui réjouit. Il n’est plus temps de se
perdre dans de vains discours orgueilleux. Aspirons à la pureté du coeur d’où
jaillit l’amour authentique et fidèle, prompt au pardon qui donne espérance.
Ensemble pour un renouveau de l’Église
e Carême est un temps de grâce pour écouter ces appels du Seigneur Jésus.
Comment y répondre concrètement, là où chacun de nous est engagé ? «
Cherchez, vous trouverez », dit Jésus (Matthieu 7,8). Voilà le Carême : c’est le
temps où Dieu donne sa grâce pour que nous trouvions les meilleures manières
de répondre à ses appels, car nous aurons cherché en toute sincérité et humilité.
Je vous encourage à partager entre vous au sein de la démarche synodale à
laquelle nous a appelés le pape François. « Synodal » signifie marcher
ensemble. Oui, n’hésitez pas à entrer dans une fraternité pour chercher avec
d’autres frères et soeurs, en vous mettant à l’écoute de la Parole de Dieu.
Ensemble, vous trouverez les chemins de l’accueil, de la bienveillance et de la
fraternité. Vous discernerez les attitudes et les paroles qui donnent paix et qui
réconcilient. Vous découvrirez les moyens de conversion qui permet d’être
davantage miséricordieux. Vous saurez proposer ce qui convient pour que notre
Église soit toujours plus celle de Jésus, sans aucun abus de pouvoir. Vous
inviterez aux changements nécessaires afin que nous nous comportions comme
des frères et soeurs, à la suite de Jésus ressuscité, « le premier-né d’une multitude
de frères » (Romains 8,29). Vous édifierez une communauté joyeuse et
missionnaire, offrant à tous la consolation de Dieu qui aime.
Témoins de l’Amour
n ce monde en feu, « n’ayez plus peur », nous dit Jésus (Jean 6,20).
Permettez-moi de vous encourager : vivez avec humilité, ardeur et fidélité
selon l’originalité de l’Évangile du Christ. Son maître-mot est « amour ». « Dieu
est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. »
(1 Jean 4,16) Là est la source de l’espérance ! Ne vous laissez pas voler l’espérance.
Sachez discerner cet Amour qui traverse tant de vies et d’histoires. Laissez-vous
toucher par cet Amour et emporter par lui. Allez le quémander dans la prière et
le puiser à l’Eucharistie, le sacrement de l’Amour. Le Seigneur Jésus vous
envoie dans ce monde en feu pour y porter le témoignage de cet Amour.
Faites-le « avec douceur et respect » (1 Pierre 3,16).
Soyez heureux de vivre ce Carême en vous tournant vers le Christ. Il vous aime.
Il est proche de vous. Il habite vos familles, vos communautés. Choisissez-Le
comme boussole et ami. Priez-Le. Méditez son Évangile. Du Jeudi Saint à
Pâques, nous célébrerons notre bien-aimé Sauveur, mort et ressuscité pour que
nous recevions sa paix et pour que nous nous aimions les uns les autres.
Le mercredi 2 mars 2022
+Pierre d’Ornellas
Archevêque de RennesDemandons-Lui la grâce d’être artisans de fraternité qui donne joie.

 
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